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L'AGRONOME^

o u

DICTIONNAIRE PORTATIF

DU CULTIVATEUR.

TO ME P R E Ml E R.

«.

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^ *V ^i>*^\

UAGRONOME,

o u

DICTIONNAIRE PORTATIF

D U CUL TÎVA TEUR,

CONTENANT

Toutes les connoiflancesnécefraires pour gouver- ner les Biens de Campagne , & les faire va- loir utilement ; pour foutenir Tes droits , con- ferver fafanté , & rendre gracieufe la vie cham- pêtre.

CE QUI A POUR OBJET-,

1°. Les Terres à Grains , la Vigne, les Prés , les Bois ,^ la ChaiTe , la Pêche , les Jardins , tant de propreté que d'uti!ité;IesF{ears recherchées, lesPlantes ufuel- les 5 les Beftiaux , Chevaux , & autres Animaux.

2.°. Les principales notions qui peuvent donner l'intel- ligencedes affaires ,iurqu'audeg;réruffifant pour dé- fendre fon bien ,tant dans les Matières Rurales que Civiles. . ^

3^ Les Remèdes dans les Maladie? ordinaires ^ &L au- tres accidens qui arrivent aux Hommes ôi aux Ani- maux.

4°. Les divers Aprêts desalimens , &tout ce qui peut procurer une nourriture faine ÔL agréable.

^vec un nombre co/iftdér.^ble d'autres hijir unions utiles î$ Citrieufes a tout Hom,ne qui pajf? [:i vie à la Campagne»

TOME PREMIER. .

A P A R 1 s ,

^LaveuveDTDOT,Quaides Auguftins^àlaBibled'or» ( Nyon , Quai des Augultins , à l'Occafion. Chez \ La Veuve Damone ville , Quai des Aagu'tins. ^ / Savotr , rae Saint Jacques , à rEfpJr mce. ,jÉ|ik

DuRANrj,rueduFoin,prèsdebrueSiint hcqu<

M. D C C L X I L

Avic Aprohdùcn (>• Frïvïlé'^d du lioi.

PRÉFACE.

^^^À ^"^^^^^''^^1(6 ordinairement la multiplicité 1% O tt des Dictionnaires à la parejje des hom- îil^'Êi mej; certainesperfonnesyeuknt l imputer à la manie du bel efprit & à l'abus de la Philofopkie. On convieiit que ces fortes de collée-*- tion s en général font infujfifames , quand on veut aprendre unefiiencepar principes ; mais après cet aveu , nous croyons qu'on peut trouver une caufe plusjïmple & moins blâmable que celle q^u on vient deraporte^-.

Les hommes devenant de jour en jour plus inâuf vieux , imaginent d.e tems en tems quelque nouveau moyen de diminuer les dijficultés que Von éprouve

leurs

quand on veut étendre fes connoijj'ances. Flu^ Gens de Lettres ont confidéré qu'une infinité d'hommes , quoique plongés dans les occupations de leur état , défirent néanmoins defatisfaire Uur curioijtéfur un grand nombre d.e matières dont on a occafion de parler , & fur lefquelles il leurfau- dr oit parcourir des volumes immen fes pcurfe met^ treau fait. Us ont donc examiné la voie des Dic- tionnaires : il efi confiant qu'au moyen de cefecours les Perfonnes dont il eft queflionfe trouvent éclair- des furie champ de leurs doutes, Êr qu'elles apr en- flent à V ouverture du Livre , ce qu'elles ignoroient ahfolument. Ces fortes de Livres réunifient dons pa'--lâ un double avantage : le premier efi d'épar- gner une (grande perte de tem c qu'il faudroit employer àla recherche de ce quel' on fouhavefç avoir, hn effet prenons feulement pour exemple Vobje' de cet Ou" vra^e , qui efi V Adminifiration des Biens de Cam- pagne : il y a fir cette maiére prefq'i'an'ant de volumes que V Agriculture ^^ut embrajfer d'objets

vj PRÉFACE.

importans , tels que la culture des Terres &* Grains , les Vignes ^ le Vin y les Légumes , les Bejiiaux^ , les Chevaux , le Jardinage , les Bois , la ChaJJè , la Pèche , G^c. Le feccnS avahtage eft une fuite du premier , cefi quon ejî difpenfé , par le moyen d'un DiBLonnaire y delanécejfité defe pro- curer une grande quantité de Livres y objet de dé- fenfe^ onércufe à la plus grande partie des hommes»

Nous n'avons pas été arrêtés dans notre dejjein parla connoijjance que nous avions des Ouvrages qui ont été faits fur cette matière. Dejufles raijons nous ont autorifés dfurmonter cet objiacle, ïly a plus de quarante ans que ces Ouvrages ont paru. Dans cet efpace de tems , U Agriculture s'cfl ex- trêmernent perfectionnée , tant en France q^if dans les Pays étrangers , &' un grand nombre d'ingé- nieux obfervateurs delà Nature fe font exercés avec fuc ces depuis plufieurs années fur cette par* lie y uniquement pour le bien des hommes.

OefI ce qui a fait fouhaiter à toutes l.s Perfon- nes qui s'imérefjent au plus utile d.e tous les Arts ^ que Von donnât au Public un Ditlionnaire y à Vu- Jage unicf'.ement de ceux qui cultivent les biens de la campagne ; mais moins volumineux que les pré- cédenx y moins chargé d.' article s étrangers aux be- foins&-- à lafituaiion d'unAgricil eur. Ces mêmes Perfoîv^es deÇiroiem que cetOuvrage fût enrichi des nouvelles déco' '.vertes qui ont été faites fur l'Agri- culture y des holes imaginées pour lamultipli- eation dp s dijfé' entes produclions de la Terre y &* des voies les plus fCref pour y parvenir ; en un mo' y des meilleures Obfervaùons q-à ont été faites fur ce f jet, &■ q^'e Von trouve dans des Mé?ioircs epars çâ &■ en àifférens Journaux , ou dans des ■brochures , ou pièces fugitives y don la colle jlion feroit feule la matière de plufieurs voLrnes ; collée^

PRÉFACE. vi)

don qui demanderoit des foins &' des peines que les perfoîines qui demeurent à la Campagne n'ont guère le lems de prendre.

On fouhaitoit donc depuis long-tems un Dic- tionnaire d'agronomie, dans lequel U Auteur auroiî^ pour ainjî dire , fondu les différentes découvertes les plus curieufes qui ont été faites fur cette ma- tière, mais qui fer oit réduit àde jujies bornes , S* dont le prix ne rebuter oit pas les Ferjonnes à qui il efl néccjjaire, Ceft cet Ouvrage que Von donne aujourdChui au Public , & c'efi par la précision avec laquelle on a traité chaque matière , qu'on efl venu à bout de réduire à deux volumes très-porta- tifs , non-feulement tout le Jyjîtme de V économie champêtre , mais encore toutes les connoifjances dont un homme qui d. meure à la Campagne peut avoir befoin.

Four Vexêcmion de ce plan , nous avons conjl-^ déré r Agronome ou VAdminifiraieur d'un Bien de Campagne , félon tous les râpons defon état , c'ef -à-dire , non-feulement ccmmie Agriculteur , mais y 1°. comme un homme quipafje favie à la campagne , ^ conféqvmment éloigné d'une infi- nité de fecours , relativement aux incommwdiiés , aux maladies , aux accidens auxquels luiù' tous les Sujets de fa petite République font expofés , & que les Habitans d'une Ville trouvent dans le moment. Car il efl vrai de ddre que ce Fere de fa- mille , demeurant dans fa Terre , n'a point fous fa miain un Médecin ; qu'il faut fouvent l'envoyer chercher fort loin , ou que le Chi'urgien n'a pas toute la fcience nécefjaire pour gouverner une ma- ladie un peu fédeufe : ainfi nous avons cru devoir joindre aux différences inflruElions que no^s don- nons fw r Agriculture , celles qui regardent la famé, c'efi-d-dire, l'explication des maladies aux-

viij PRÉFACE.

quelles notre corps eji le plus ordinairement expo-^ Je , Çr indiquer les divers remèdes qui peuvent en procurer la gi-érifon. Nous n avons pas craint de nous égarer dans cette forte de connoif/ance , parce que nous avons toujours pris pour guidés des gens de UArt , célèbres & habiles,

2."". L'Agronome peut être confidéré comme Ci- toyen , parce qu'il Veft en effet : & comme tel , il cjt fujet aux Loix de V Etat y aux Coutumes du Lieu il demeure. Ainfi , en le confidérant , foit comme un homme qui gouverne un Bien con- sidérable , foit comme un homme qui a une femme & des enfans , il naît de ces différentes ftuations mille occafons il eft nécejfaire qu'il ait une connoiffance générale des affaires , fans quoi il rifque de s'attirer quelque Procès : il doit d.onc fçavoir à quoi s'en tenir dans tous les a5les que fon état lui donne occafian de pc^ljcr. Ainfi la connoijjance des différentes fortes de Baux lui eft nécejfaire ; il doit fçavoir ce qui fait la validité d'une vente , d'un achat , Çr autres fortes de mar-^ chés quiy ont raport : il peutfe trouver dans la né- ceffité d'emprunter , ou il ne peut fe difpenfer de prêter de l'argent: le voilà Débiteur ou Créancier: Une doit donc pas ignorer les engagemens quinaif- fent de ces diffé-'entes qualités. Comme il n'y a point de Terre fans Seigneur , il doit être au fait de toutes les redevances auxquelles fa Terre eft ûjji/jettie ; i! doit donc connoître les Droits féo- daux , tant ceux qu'il peut devoir que ceux qui peuvent lui être dûs , s'il a des Vaffdux : en un mot , il doit être au fait de ce qu'on apelk les Ma^ îierer Rurales ^

Si enf i'e nous confidérons ce même homme , com" me é^ant marié , &■■ avant de? enfans , ^niis verrons que cette fit uation le met dans la néce^lfité d'être au

fait

PRÉFACE- k

fait d^un certain nombre de chofes qui font atta-- chées à fon état. Il y a peut-être commu a (té entre lui & fa femme : il ne don donc pas ignorer les claufes de cette forte d'engageme t ; L'ejjet quil a , en cas de mort de l'un des conjoints : il a rtçu u :c do: , autre occafion d'être inftruit fur cet objet , ou bien il en conjtitue une au profit âx fa fille qu'il ma- rie, il croit devoir faire une donation , ou bien on. lui en fait une : il vient à hériter dhtn de ces Fa-* rens , ou il s'agit àe partager une fucceffion ; ou il eft injiitué Légataire univerfel ; ou il eji ncmmé Tuteur des ejfans d'un defès voiftns G- amis 2 toutes cir confiances y oàune cofinoijjance raifonna^ hle de ces divers points capitaux ,fi Von peut par^ 1er ainfi , G* qui font la matière ordinaire des con- tejîations enire les hommes , eft pour lui d'une né" cejjité indifpmfable ,jans quoi il eft obligé de quit- ter f s affaires Çr d'aller à la //illeconjiclter dfe^ dépens l'Avocat ou le Procureur pour s'éclaircir fur fes doutes , & fur ce qu'il a à faire, Eîifin , cette connoijjance lui eft nécejjaire pour fe mettre à l'abri des Jurprifes de quelque voifn chicaneur &" remuant , ou de gens de mav.vaife foi : furprifes auxquelles ceux qui demeurent à la campagne font expofés , G" la plupart dui tems par la profond de ignorance ils font des affaires.

3^. L' Agronome peut être regardé comme mem-- bre de la Société : confidéré Jcus ce raport , c'cji un homme qui a des amis, avec le (quels il fe délaffe en certains jours de fes occupations champêtres ; qui fait fouvent confijler la doue urde fa vie à jouir de leur commerce , à profiter de Vhonnête a'ifance dont il jouit pour les recevoir , &- leur donner de tems en tems quelque repas oit régne la propreté G la délicate IJè ; qui ejî flatté d^' plaifi'- d'avoir che^ lui qiielqueboijjon agréable ^ (^ peu commune à la Tome L a

X- PRÉFACE.

campagne , pour terminer agréablement les repas, lout cela fait co?npre7idre que nous avons cru /ze- cejjaire de donner à V Agrtculture une connoijjan- ce de la meilleure manière dont on peut aprêter les ûlifr.ens crdinaircs : cefecours nous a paru devoir être agréable à tous les PcJJeJJeurs d'un domaine un peu cohjidérable , & dans lequel la bajje-cour €u la chajje procurent facilement de quoijaire une cJiercfort honnête. Il étcit quefiion de donner fur cela des inftruElions convenables ,pour que le Maî- tre d'une Maifonfût en état de/'e faire honneur de fcn bien avec goût Gr délicateffe.

Mais onfçait qu'un homme qui cultive par lui- même f on bien , ejl obligé d,'être économe & de te- nir un compte éxaEl de toutefadépenfe j & quecon- féquemiment , quoiqu'il nejoit pas ennemi de la bon- ne chère , il regretteroit , avec raifon , la dépenfe d'un Cuifnier à la mode .foit jpar le prix des ga- ges qu'il cxigeroit , fcit par le dégât que la diver- Jïté defes aprêts occqficnne.

Pour le difpenjer de Je charger de ce fur croit de dépenfe , au lieu d'amerer chc^ lui le Cuifnier de quelque Richard de Paris , nous avons cru devoir lui communiquer quelques leçons des mieilkurs Maîtres en ce genre,afrn que fur le nom.bre des dif- férens aprêts que nous Im prefemons . il put choi- Rr ceux qui lui plairoient davantage , ou ceux q: i font de plus facile exécution.

Nous avons fait la même chofe pour ce qui con^ cerne les liqueurs les plus d la mode- &■■ a cette oc- cafion nous avons cru devoir donner les principes de la difillaiion que nous avons tirés d'un Livre fur cette matière qui a été bien reçu d.u Public.

JVlaisle raport leplus effemiel fous lequel nous

avons confidéré l'Agronome, c'cft celui de fa j>ro^

JeJJion même d' agriculteur , c'efî-â-dÀre, d'un hom*

PRÉFACE. xj

me qui fait valoir par lui , ou fous f s yeux par des Fermier s, fa Terre oufonDomaine: c'eft ce raport que nous avons eu principalement en vue dans cet Ouvrage. Il en eji Vobjet principal ; nous nere- gardons les autres que comme des accejjoires^ des dépendances dont Cutilité a fin prix , & quipeu- vent contribuer aux douceurs de la vie.

En conÇidérant V Homme des champs comme Agriculteur , on fe forme au!fi-totVidézd''unhom- me qui doit avoir une connoijjance générale de tou- tes les productions que les champs ojjrent à nos yeux ; ce qui nous a engagés à donner une explica- tion plus ou moins étendue de chacune de ces diver- fes produciions : mais nous nous fommes attachés plus particulièrement à ce qui regarda fa qualité d'Agriculteur y c'eft-à-dire , d'un homme qui pajje fa vie à la campagne y & qui fait valoir fon Domai- ne. Confidéré fous ce raport , nous avons cru quil falloit d'abord qu'il eût toutes les commodités né- ceff aires pour être logé relativement afin état : cela nous a engagé a parler du Bâtiment d'une Maifon de campagne & défis dépendances , c'ejî â-dire , de fa meilleure fituation , de la confiruc- tion des cours , des bajjè-cours , des écuries , des étables, des jardins de différentes fortes , &'c. Et comme un Agriculteur efl éloigné de bien des fi- cours , ^ qu'il peut être trompé par les Ouvriers^ en eft entré dans un a(Jè^ grand détail à cet égard, & on a eu foin de mettre Veftimation des diver s ma- tériaux qui fervent à la confier wSlion de ces fortes de Bâtimens , & les marques d: leurs bonnes qua^ lités. C'efi ce qu'on a fait à V égard des pierres , hois yfe^s fplombs , ^c. L'Agriculteur y au moyen de ces connoijjhnces qu'on lui donne , fe mettra fa- cilement en état de avoir à quoi peuvent monter les frais d'un Bâtiment que les Ouvriers , par leur

xi PRÉFACE.

avidité' , & le foin qu'ils prennent de dijjîmuler la dépenje , font jouvent entreprendre mal- à-propos, Leméme Agriculteur étant en même-tems un vé- ritable admihijtratcur , doit , pour ainfi dire y fe re- - •yétir de toutes les qualités qui formant le bon éco- nome : il doit avoir tenir la balance entre hs frais de l'es cultures & les revenus defes produits , fça- ycir fon compte, comme on dit, tenir des états de rectne Çr de dépenfe , & pour cela avoir une tùn- ture raifonnabk des premières régies d'arithméti- que, &une idée des diverfes me Jures & poids. Il doitfçavoir quelle efl la plus sure manière Gr les tems convenables pour vendre fes produits & amé- liorer fon Bien: c'eft fur quoi nous avons cru de- voir donner quelques notions , quoiquen raccourci; mais le but efjentiel de V Agriculture , efl d'enten- dre la culture des Terres.

Cet objet embrafj'e principalement tout ce qui concerne le labourage : ainf nous avons cru devoir h traiter avec quelque étendue , fur-tout la partie du blé : nous en avons parlé relativement à tous les befoins de l'Agriculteur , c'eft-à-dire , que nous l'avons confidérécu comme femerxe , ou com- me deftiné à faire le pain , ou réduit enfariné , ou converti en pain même ; ce qui nous a donné lieu de faire part au LeBeur des obfervations importan- tes qui ont éé faites par de bons Connoiffeursfiir la manière de faire le pain : nous n' avons pas craint de trop infjler fur le premier & le plus néceffaire des alimens.

La confervation de ce même blé a été encore pour nous le g' and objet de notre attention , de même que les inJlruBions qui concernent la police des grains , & qui ne doivent pas être ignorées de VA* griculteur.

jNous avons donc raporté, avec le plus de clarté

P F A CE. xiij

& de précifon qu'il nous a étépoffîble , les régies quife pratiquent or àinaïrement dans la plus grande pi artie au Royaume pour la culture des Terres ; &* après les inJtruSlions que les meilleurs Auteurs fur ces matières av oient données jufqu ici , nous nous fommes attaches particulièrement aux grands ob- jets de V Agriculture , tels que V amélioration des terres , les engrais , les femences , les meilleures manières de donner de bons labours , les qualités de la bonne femence , les maladies des blés , Cr les moyen r d'y remédier , la moijjon &' la confer- vation des grains , &c.

Mais comme d'habiles Cultivateurs , qui joi- gnent à cette qualité celle de bons Phyficiens , oîu fdit depuis quelques années des expériences , qwi prouvent qu'il peut y avoir une différente manière de cultiverles Terres , nous a.rrionf cru commettre. une efpéce d'injujîice envers le Lecteur, de ne pas lui donner en raccourci une idée de ce nouveau fyflè- me. Nous en avons affe^dit pour faire comprendre que c'efl de celui de M. du Hamel dont nous enten- dons parler.

Ce fyftéme effort célèbre^ a ètéfuivi des plus hrillans ficcès. M. du Hamel Va dév-dopé avec beaucoup d,efolidité & de clarté , dans fon Ouvra- ge enfix volumes de la Culture des Terres.

Cette nouvelle Méthode confife à divifer un champ par planches larges de fix pieds yfur chacu- ne defquelles on feme deux ou trois rangées de grains de bléefpacés Vun de Vautre de (îx à fept po'uces : enforte qu'entre les femis de deux plan- ches il fe trouve ^mv'dde deq'/atre pieds ou un peu plus y qn donne lalihené de labourer ; ca' , félon cette Méthode on laboure plus long-tems que fé- lon Vufaqe ordinaire.

Ces labours , en ouvrant la terre , & la reniant

a :;

xiv PRÉFACE.

j)lus propre à recevoir les influences de Vair , des rofées & des pluies , favorifentextrêjnemŒt lavé- gétation des plante s. Cette façon de cultiver la ter- re demande d'autres injîrumens que ceux dont on

s'ejî toujours fervi : on les trouve décrits exaBe- ^ment & parfaitement biengravés dans chaque Vo-

vme de fin Ouvrage, Comme il n'efi guère pqffî^ lie deféparer V explication de cette nouvelle Mé- thode , des nouveaux inftrumens , nous avons cru devoir donner une légère id^ée de ces derniers y aux Articles Charrue & Semoir.

Fli'jieurs Particuliers , &en diverfes Provin- ces , ont déjà mis en ufage cette nouvelle Métho- de y enfemant leurs champs en plein avec lefe- mov-y & ils entrevoient eux-mêmes que bien-tôt ils cferont les établir en planches : ils ont publié les avantages de cette culture dans les Frelations qu^ ils cm adreffées à M. du Ha?7îel , & que ce dernier a inférées dans fin Ouvrage. Il efî confiant que cet- te Méthode y embraffée par des perfonnes riches , ^làfontavec plai(ir toutes les dépenfesnécejfaires , Joit pour /er cul ures des terres , foitpour Lafabri" çje des infi umens , offie wifpe^iacle nouveau ^ a autant plus intérejfant , que Vabondance des moifj'ors efî en grande partie fondée fur V épargne de la feme?ice.

Mais dans une Préface on ne peut qu'ébaucher imparfaitement le plan de :et habile Culivateur. Le LeBeur trouvera dans le cours de cet Ouvra- ge hs prin'-ipes de ce nouveau Syfiême y dévelo- jfés avec plus d^ étendue.

Après avoir traité avec foin toutes les matières qui on' raport au blé , on a traité celles qui font q uelqiœfois VixUment le plus ordinaire de tous ceux qui habitent la Campagne y ^ qui mènent une vie fmple> Le LeEieur verra avecpiaifir lepr&jit con-

PRÉFACE. x^?

fîdérahle qu'on ]^eut tirer de la culture des haricots, d'après la nouvelle méthode qui en a été donnée en divers Mémoires répandus dans le Journal Eco- nomique : il verra pareillement de quelle importan- ce font les prairies dans un Domaine,

Le vin , cepuijfantfecoursquelanature adonné à V homme pour réparer [es forces & ranimer fe s efprits ; le vin, dis-je , qui fait la richejfe & le foutiendes Habitans de plufieur s grandes Provin- ces , a été pareillement un des grands objets de no- tre attention. Nous nous fommes donc attachés â raporterles meilleures manières de cultiver les vi- gnes Çr de f are le vin , imaginées par les hommes les plus entendus dans cette matière , & qui en ont donné des Taités particuliers , lefquels ont paru depuis peu dans le Public.

Nous n'avons rien omis d^effentiel de ce qui re- gardeles Eefiiaux, qui font le j)lus grandfoutien de l'Agriculture , & dont dépend V amélioration des Terres , indépendarnm,ent du produit confidé^-able qu'ils rap or tenta l'Econome yfoit pour la corfom- mation de fa mai f on, f oit pour le commerce qu'il en peut faire: ainfinous avons- traité de lamaniérède les élever , de leur nourriture , de leurs mal-dies. Onefi entré dans le même ail pour la Volaille, tant pour ce qui regarde celle de la ba[fe-cour, com- me les Poules, Poulets, Dindons, Canards, que les Pigeons,les P erdrix ,Us¥aïfans , lesLapv^s, Çrr,

Nous dirons lamêinechofe des Ch vaux, qui font d'un fi grand fervice à l'homme po^r fesvo at^e^,^ enmême-terrs fi néc^ffaires aux b^^^oins de l'Agri- culture , pour faire fans cefj'e quantité de charrois , cumêmepour faire des labours en certains terrein^^ Or, comme tout homme q"i fait valoir un Domaine confîdérable , en a nécejfairement un certain nom- bre , ^ que ces animaux font fujei s à diverfesma.*

xv5 PRÉFACE.

ladies ou accidens , nous avons cru lui rendre un bon office , en lui indiquant les remèdes néceffaires en ces fortes de cas. Nous avons fur cela profité des Iwniéreî des hommes fort connus qui fe font occupés toute leur vie à cet objet , & nous avons cru pouvoir faire ufage en bonne partie des remèdes indiqué^- par M. de Garfault , dans fon parfait Maréchal.

A^ous avons traité avec foin la partie du Jardi- nage , ce qui comprend les différentes fortes de Jar- dins y leur àiftribution , tout ce qui contribue à leur ornement , comme les Palifjades , les Efpa- lier s , les Bafjins , les Jets d'eau y les Réfervoirs , la Culture des arbres fruitiers , celle des fleurs les plus recherchées ; enfin celle du Jardin potager. JSous avons donné dz plus V explication & les pro- priétés des Plantes les plus connues , tant de celles défi inées pour lacuifine y que de celles dont on fait ufage en médecine.

Nous avons cru devoir étendre nos recherches fur une infinité d'autres matières , c^ui ne font à la vérité y que des fuites de la fituation de VAgrono' me ; telle efl la Partie des Bois , de la Pèche Çr de la Chaffè y telles font encore certaines occupations champêtres y qui font V objet de fa curiofité ou de* fon délaffement y par les merveilles quelles offrent aux yeux , & qui par leur cêzé utile , pe-vent dé- dommager des foins qu'elles entraînent. Le LeBeur comprend que c'eft des Abeilles ou Mouche s à miel / G' des Vers à joie , que nous entendons parler.

Nous dirons à cette occafion , & avec ingénuvéy ^ue fur un grand nombre d: articles, nous n'avons fait quanahfer les Ouvrages des plus célèbres Ob- fervateurs de la Nature , qui ont étudié y aprofon" di y & ce mefemble , épuifé la matière que nous traitons , qui, dans la vue de contribuer dlafélici-

PRÉFACE. xvîj

de V Etat y ont répandu dans le Public, les con- noijjances qu'ils ont acquifes par leurs Ohferva" lions fur l'Agriculture, qui y ont joint les îLxpé-^ riences , & ont fait des découvertes , no-feule^ ment fur la culture des terres , mais encore fur le hlé ; la manière d'en opérer la multiplication ù'de le conferver ;fur les prairies , tant artificielles que natiirdles ;ks fourrages , la culture de la vigne , celle des légumes , &c.

Mais en même-tems , qu'il nous f oit permis de dire , quen cela même , nous croyons faire un riche préfent à tous les Amateurs de l'Agriculture , en leur faifantpart des infiruEhions 6^ des découver- tes des plus habiles Cultivateurs ; ^ que les ayant rajfemblées fous un me e point de vue , c'eft-à-dire, dans unfeul Ouvrage réduit à deux volumes , on leur épargne la peine défaire des recherches qui de- mandent du tems & de la patience , quen un mot en leur épargne la leElure ae plus de cent volumes.

On trouvera donc dans cet Ouvrage ,foit par ex- trait ,foit quelquefois même en entier , quantité de morceaux fur les objets les plus importans de VA- griculture , tirés des meilleurs Mémoires qui ont paru , ou dans les Journaux , ou dans des Trai" tés particuliers,

Qu 'il n'y ait aucune gloire à recueillir d'un pareil travail , nous y confentons de grand cœur ; nous ne fommes touchés que du defir d'être utiles à ceux qui cultivent les Biens de la Campagne : après tout , il im,p or te feulement au Public , que le choix que nous avons fait de ces divers morceaux , ait été fait avec lumière Qr avec une fage économie.

Au refte , comme une grande partie des matières que l'on a traitées , font les mêmes que celles qui fe trouvent dans les DiSlionnaires qui ont paru fur V Adminifiration des biens de la Campagne ^ le

5cvîi) PRÉFACE.

LeEleur m peut blâmer ,fans une forte à^ïnjuftice ^ de trouver une rej]èmblanc€ aparente entre certains articles & ceux des Dictionnaires qui avoientern- hrajjé les objets, Lefujet par lui-même rend cette rejjemblancc forcée , & elle Je trouve comme de né- cejjité lorfc^ue V article eft court, &■■ qu'Une couf.JIe qu'en une définition ou explication de la propriété aetelle ou de telle plante : cela eft fi vrai, que fur un grand nombre d'articles , la plupart des IJic- tionnaires fe rejfemblent.

Nous difons la même chofe pour ceux qui re- gardent les maladies G- les remèdes y &" qui font tirés de divers Traités fur le corps humain. Ln ef- fet , la définition d'une maladie & la recette d'un remède , enfupofant que l'un & Vautre foient bien faits , n'ont pas deux manières de l'être.

Par la diftribution qu'on a faite avec économie de toutes ces matières , on eft parvenu à faire en-' trer en deux volumes , une infinité d'articles cu- rieux & utiles à tous ceux qui pafjém leur vie à la Campagne ; c'eft ce que le 1 itre de cet Ouvrage annonce , fans que nous le répétions ici : enforte. qu^il efi vrai de dire que cet Ouvrage peut être regardé comme la Bibliothèque univerfelle d'un Homme de Campagne. On fe flatte qu'il y trouve- ra tous les é clair cifjêmens qu'il defire , & prefque dans tous les cas ou il peut fe trouver relativement au genre de vie ou la Providence Va fixé.

n^j^

A P RO B A T 10 N.

J'Ai 'iii ,par ordredeMonfeigneurle Chancelier, un Manulcrit , qui a pour titre : l' Agronome , ou DiC' tionnaire portatifs contenant toutes les Connoiffances nées [[dires pour gouverner les Biens de Campagne , &c, & je n'y ai rien trouvé qui puifle en empêcher i'im- preiTion. A Paris, ce 21 Janvier 1760.

D E S M O U R S.

PRIVILEGE DU R O L

i-/ O u î S , par la grâce de Dieu , Roi de France Se de Na- varre : A nos amés & féaux Confeillers, les Gens tenans nos Cours de Parlement , Maîtres des Requêtes ordinaires de notre Hôtel , Graad-Confeil , Prévôt de Paris , Baillifs , Sénéchaux , leurs Lieutenans Civils , &■ autres nos JuHiciers qu'il apartiendra ; Salut. Notre amé le Sieur Dur. and. Libraire à Paris , ancien Adjoint de fa Communauté , Nous a fait expofer qu'il dedreroit faire imprimer &L donner au Public un Ouvrage , qui a pour titre : C Agronome , onDtc^ tionn.tire portatif , cor^tencint les CojifwiJJlinces ^écejfhsres pour gouverner les Biens de Campagne. S'il Nous plafoit lui ac- corder nos Lettres de Privilège pour ce néceiîaires. Aces Causes, voulant favorablement traiter l'Expofant, Nous lui avons permis &c permettons par ces Prefentes , de faire imprim.er ledit Ouvrage autant de fois que bon lui femble- ra , & de le faire vendre & débiter par-tout notre Royau- me, pendant le tems de fix années confécutives , à comp- ter du jour de U date des Preientes : Faifons défenfes à tous Imprimeurs , Libraires , 5c autres perfonnes , de quel- que qualité & condition qu'elles foient , d'en introduire d'impreffion étrangère dans aucun lieu de notre obéifTance ; comme aulU d'imprimer ou faire imprimer , vendre, faire vendre, débiter ni contrefaire ledit Ouvrage, ni d'en faire aucun Extrait , fous quelque prétexte que ce puifTe être , fans la permifîion expreffe , & par écrit , dudit Expofant , ou de ceux qui auront droit de lui , à peine de confifcatioii dei iixempUires coiurefiiits , de trois mille livres d'amende

contre chacun des contrevenans , dont un tiers à Nous» un tiers à THôtel-Dieu de Paris , 8c l'autre tiers audit Ex- pofam: , ou à celui qui aura droit de lui , & de tous dépens , dommages & intérêts ; à la charge que ces Prefentes feront enregiftrées tout au long fur leRegiitre de la Communauté des Imprimeurs & Libraires de Paris , dans trois mois delà date d'icelles : que l'imprefTion dudit Ouvrage fera faite dans notre Royaume, & non ailleurs y en bon papier & beaux ca- racl;éres,conformément à la feuille imprimée, attachée pour modèle fous le contrefcel des Prefentes : que Timpétrant fe conformera en tout aux Réglem.ens de la Librairie , & no- tamment à celui du lo Avri 1725 : qu'avant de Texpcfer en vente , le Manufcrit qui aura fervi de copie à l'impref- fion dudit Ouvrage, fera remis dans le miéme état l'A- probation y aura été donnée , es m.ains de notre très-cher êi féal Chevalier , Chancelier de France , le Sieur d e L A- 2*1 o I G N o N , & qu'il en fera enfuite remis deux Exemplai- res dans notre Bibliothèque pubPque , un dans celle de notre Château du Louvre, & un dans celle de notredit très-cher & féal Chevalier , Chancelier de France , le Sieur d e L a- MOiGNON, le tout à peine de nullité d^s Prefentes. Du contenu defquelles vous mandons & enjoignons de faire jouir ledit Expofant & Ces ayans caufes , pleinem.ent & pai- fiblement, fans fouf^'rir qu'il leur foit ûm aucun trouble ou crnpêchemerit. Voulons que la Copie des Prefentes , qui fera imprimée tout au long au commencement ou à la hn dudit Ouvrage , foit tenue pour duem.ent fignifiée ; &: qu'aux Copies , collationnées par l'un de nos am.és ô- féaux Con- feillers-Secrétaires , foi foit ajoutée comme à TOri^inal. Commandons au premier notre Huifîler ou Sergent , fur ce requis , de f^ire , pour l'exécution d'icelles , tous aôles re- quis xnécefîaires,fans demander autre permifl:on,S nonob- Itant Clameur de Haro , Charte Norm.ande , 8c Lettres à ce contraires. Car tel eft notre plaifir. Donné à Verfailies , le troifiéme jour du mois de Alars , Pan de grâce mil fept cens foixante , ôc de notre Régne le quarante-cinquième. Par le Roi en fon Confeil ,

LE BEGUE.

re^ifiréfrir le regiflre XV, de la Chambre Tcy.tle Ç5 ^yndi- cale des Ltùraires i^ Impritheurs de Pans , fi. 2945 y foi. 67 3 co;:fo'r,néin?m ctnx anciens ]églenie7is 3 ccrSrmés par celui du 28 Février 1-713. A Taris 3 ce -^ Mai 1760.

G. SAUGRAIN, Syndic,

L'AGRONOME ,

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L'AORONOME,

oc/ DICTIONNAIRE PORTATIF,

Contenant

Les Connoîjfances nécejfaires pour gouverner Us Biens de Campagne , conferverfa fanté , &c.

A.

itm^'-e^tî POfages & des entrées. +y>* ^^* A B E I L L E S , ou Mouches à miel. Le« J+++îl*+++ Abeilles font une branche de r|conomie ruftique , branche d'autant plus pf/écieufe » qu elle eft à la portée des gens les plus pauvres , Se qu'elle ne demande , ni laboiu^s , ni engrais , ni bétail , ni prairies : c'ell: dans ce genre qu'il efl exactement vrai qu'on recueille fans femer. On doit donc déraciner , autant qu'on peut , Le préjugé des Payfans fur cet objet ; fçavoir , qu'on gagne plus à faire périr les Abeilles qu'à les confèrver.

L'Abeille eft un infeéle volant d'une couleur brillante > mais brune , & qui produit le miel & la cire. Une Abeille a le corps divifé en deux parties , la tête &. le ventre. La tête eft armée de deux ferres ou pattes pour prendre la cire & lapaîtrir,& d'une trompe longue^ointue Ôc mobile,donc elle fe fert pour pomper les fucs qui lom au fond des fleurs ^

TçnnU A

1 A B E

& en compofer le miel. Le poil , dont elle efl toute cou- verte , lui fert à enlever les petites parties de cire qui font fur les fleurs , ce qu'elle fait en fe roulant deflùs , lorfqu'elles font humides ; ou elle les loge dans les petites cavités de {ç.% pattes , & les y comprime. Au-deflTous de la tête , elle a fix pattes & quatre aîles ; ces ailes fervent aux Abeilles , non-feulement pour voler , mais aufli pour faire ce bour- donnement avec lequel on diroit qu'elles s'excitent au tra- vail. Le ventre de l'Abeille eflféparé par lix anneaux qui s'allongent & fe raccourcilfent. On y diflingue ; i». mie pe- tite veflie tranfpa rente : c'eft eft renfermé le miel que l'Abeille cueille fur les fleurs , & qu'elle verfe dans les al- véoles ou cellules de la ruche , après en avoir pris pour fa nourriture ; 2 . un aiguillon creux & des plus piquans , qui a aufTi fa petite bulle eiT: renfermé le venin , lequel fe dépofe avec l'aiguillon dans la piquûre qu'il fait.

Il y a dans une ruche trois fortes d'Abeilles , Roi & Rei- ne , Bourdons , & Abeilles communes. L'Auteur de la Ré- * publique des Abeilles prétend que dans chacune de ces trois efpéces il y a mâles & femielles , parce que > félon lui , une Abeille ne peut pas produire elle feule cette quantité d'œufs qu'une ruche produit dans l'efpace de deux mois , & qui monte quelquefois jufqu'à vingt mille Abeilles : il croit qu'el- les opèrent leur génération au moment qu'elles font entaf^ ïiQ,% les unes fur les autres ; il foutient même les avoir vij 5'accoupler.

Chaque ruche a un Roi & une Reine , qui font mâle & femelle ; c'efl la première efpéce. Ils font l'un & l'autre de la figure des Guêpes ; mais ils font d'un brun clair fur doré & velouté : leur corps eft {Jlus long que celui des Abeilles communes , mais moins gros que celui des Bourdons , les Jamb ^' & les aîles plus courtes que celles des Abeilles , leur démarche plus lente & plus grave.

Les Bourdons , qui font la féconde e^éce , ont quatre aîles , ôc font d'un tiers plus gros 6c plus longs que les Abeil- les : leur poil efl plus roux ; ils n'ont point d'aiguillon. Bien àt% gens croient qu'ils font les mâles des Abeilles ; d'autres prétendent qu'il y a mâle & femelle parmi les Bourdons: ils font beaucoup de bruit & point de travail.

Les Abeilles communes form.ent la troifiéme efpéce. Il y a mâles & femelles ; c'efl com.me le gros de la nation : elles compofent prefque tout l'effaim , & font quelquefois au nombre de feize mille dans une ruche.

La marque fenfible du différent fexe de ces trois efpéces

d'Abeilles , eft que les mâles de chacune de ces efpéces font

plus grêles : ils ont le corps plus long & plus pointu que les

femelles , Se celles-ci ont le ventre plus gros que les mâles.

Le Rqi de chacime de ces efpéces ne travaille point : il

A B E ?

préfîde feulement aux travaux. Les Abeilles ont une telle aÎFedtion pour lui , qu'elles fe pofent par-tout il s'arrê- te, & ne le quittent point tant qu'il y refte ; elles s'attrou- pent ordinairement autour de lui , & elles le fuivent par- tout où il va : dès qu'elles font logées en quelque endroit , elles travaillent à lui faire des cellules pour fon logement : s'il vient à mourir , elles abandonnent la ruche.

La principale occupation des Bourdons efl de couver les ceufs des Abeilles , ôc de les échauffer pour les faire éclor- re : les Abeilles les fouffrent pendant qu'elles en ont befoin : mais aufîi-tôt après , comme ils n'ont pas l'induflrie d'amaf- fer du miel , &c qu'ils en confument beaucoup , elles leur font la guerre , ôc les tuent.

GiNiRATioN des Abeilles. La Reine pond vers la fia du Printems : elle jette dans chaque alvéole un œuf; en- fuite elle rentre en arriére , & colle l'œuf dans l'aiigle qui efl: au fond de l'alvéole : pendant ce tems-là les Abeille» ont la tête tournée vers elle , & femblent l'animer avec leurs trompes. D'abord elle pond les œufs d'où fortent les Abeilles , enfuite ceux des mâles , enfin ceux des Reines : elle donne jufqu'à deux & trois eifaims par an j chaque elfnim eft compofé de huit à dix mille mouches.

ALnfi les Abeilles nailfent toutes d'œufs que la Reine dé-» pofe dans les alvéoles , d'où il fort au bout de trois jours un petit ver longuet qui n'a point de pattes. Sa couleur efl d'un blanc bleuâtre : il ne paroît d'abord qu'une mouche commune ; il refte couvert pendant quinze jours , enfuite il fe change en nymphe d'une grande blancheur : au bout quinze jours , fi c'efl un tems chaud , il devient mouche , & perce la pellicule qui bouchoit l'alvéole ; il en fort par- faitement formé , 5c aufîi gros que les autres Abeilles , & il defcend au bas de la ruche. Dans les tems froids le cou- vain eft plus long-tems à éclorre.

Police des Abeilles. On conjeélure avec quelque fon- dement que les Abeilles forment une efpéce de Républi- que ; car on s'aperçoit qu'il y a parmi elles comme une dil^ tribution d'emploi : que les unes font deftinées à accompa- gner le Roi , à faire fentinelle à l'entrée de la ruche , pour ^ue rien de nuifible n'y entre ; que les autres font employées a aller chercher les rrtatériaux pour conflruire leurs édifi- ces ; que d'autres les mettent en œuvre ; qu il régne ime forte d'harmonie ôc de bonne intelligence entre les Abeilles d'une même ruche ; que 11 elles font attaquées par quelque caufe étrangère , elles montrent toutes le même emprefte- ment pour la défenfe commune ; qu'elles repouffent avec vigueur l'emiemi ; qu'elles s'entr 'aident dans leur travail Se dans leurs befoins. En général , les Abeilles font naturelle» mxçxïi laboxieufes ; dès qus le tems eft ferein , elles courewc

À 2.

4 A B E

aux champs , & fouvent fort loin pour trouver des fleurs^, Travaux des Abeiile5. Le premier eft de nétoyer leur iogement, de renduire par-tout, & de le clorre de façon que rien n'y puilfe pénétrer ; elles ne laiffent qu'une entrée libre fur le devant de leurs ruches. Elles font le prernier travail avec du fuc de goudron ou propolis , qu'elles prennent fur les fapins , les ifs , les boutons des peupliers, Ceii fur cette couche de goudron Se au haut de la ruche qu'elles attachent les premiers alvéoles de leurs rayons ; c'elt avec leurs mâ- choires ôc leurs pattes qu'elles conftruifent : elles donnent à chaque rayon une forme hexagone , c'eft-à-dire , fix côtés parfaitement égaux ; ils ont chacim im pied de long fur f x pouces de large. Ces rayons font compofés de doubles cel- lules ou alvéoles , adolfés les uns contre les autres : le fond fe trouve en forme de pointe triangulaire à facettes , & ren- trée eft plus épaiife que le relie , étant revêtu d'une bordu- re. Chaque alvéole a cinq lignes de profondeur , Se près de irois de largeur : il y en a environ près de quatre mille dans chaque rayon. Les alvéoles deffinés à pondre les oeufs des Eum'dons fon: ]>ius grands : ils font profonds d'environ fept à huit lignes , Se en ont plus de trois de diamètre. Ceux qui fervent à pondre les œufs des Reines le font encore plus ; ils ont quinze lignes de longueur : aufli confomment-ils au- tant de cire que cent alvéoles ordinaires, ôc font conflruits avec beaucoup de folidité ; mais ils ne fervent qu'une fois : car juifli-tôt que. les nymphes femelle? font changées eq mouches , les Abeilles les détruif^nt , éc conftruifent à la place